Jeux Olympiques

Du rêve au désintérêt

Lors de mon premier « titre » de champion de Suisse (en cross-country) à l’âge de 10 ans, je regardais l’élite avec envie et rêvais lors des JO. Progressivement, l’intérêt a diminué. Ces JO, je les ai presque zappés…

Chauvinisme

Un public enthousiaste, c’est beau. Mais un public chauvin, c’est moche. Lors de chaque compétition où des brésiliens étaient en lice pour des médailles, le public local sifflait copieusement les concurrents étrangers et fêtaient bruyamment leurs défaillances. Est-ce que les Suisses se comportent de manière plus fair-play ? Hélas non ! Je me souviens des CM de ski à Crans-Montana, lorsque j’étais ado, où l’autrichien (représentant le Luxembourg) Marc Girardelli était copieusement sifflé car le public voyait en lui le rival des helvètes et notamment du valaisan Pirmin Zurbriggen. Cela m’avait choqué à l’époque. En ski alpinisme, je me souviens d’une maman fanatique d’un coureur de la région tournant la tête à mon passage (elle ne supportait visiblement pas que je précédais régulièrement son fils lors des Vertical Races…). Une fierté mal placée qui peut conduire à dépasser les limites du fair-play dans bien des domaines.

Deux poids et deux mesures

Le dopage organisé doit être puni, a fortiori lorsqu’une nation le cautionne. On l’a vu dernièrement avec la Russie dont les athlètes déjà pris pour dopage n’ont pas eu le droit de concourir à Rio : très bien. Mais le dopage individuel ou organisé en cercle privé doit être condamné tout autant. Pourquoi les anciens dopés d’autres nations sont autorisés à y participer ? Bizarre et difficilement compréhensible pour ceux qui s’intéressent au sport, sans intérêt politique, financier ou d’autre nature.

Entourloupes

Naïvement, j’avais écrit sur ce blog que je ne pensais pas que les autorités sportives, et notamment les fédérations, puissent encourager ou même cautionner le dopage. Je me suis trompé sur ce point, sous-estimant la situation. Le Kenya produit des dizaines de coureurs de niveau mondial chaque année. A Rio, un de ses entraîneurs a été renvoyé au pays pour s’être présenté au contrôle antidopage à la place d’un de ses athlètes. Il aurait aussi fourni un échantillon d’urine et signé des papiers au nom de celui-ci avant d’être démasqué. Dans ce contexte, voir le haut-dirigeant du mouvement olympique Patrick Hickey s’enrichir illégalement avec un trafic de billets n’étonne même plus vraiment.

Soupçons partout à cause de l’ombre du dopage

En natation et dans les épreuves d’athlétisme, les soupçons ont été révélés dans les médias par de nombreux athlètes se sentant grugés. On y a pu lire, par exemple : « même si des soupçons pèsent sur lui »  ou « je n’ai jamais cru en elle » ou encore « ça me dégoûte de voir des gens qui ont triché sur les podiums » ou encore «  Sun Yang, il pisse violet ». Sans parler du cyclisme et la victoire annoncée de Fabian Cancellara au contre la montre. Un message de félicitations posté par un de ses anciens adversaires sur  Twitter – « Luigi !! » (en référence aux soupçons qui pesaient contre le bernois d’avoir fait partie du réseau de dopage Puerto sous cette identité) – sous-entend que Fabian serait chargé comme une mule. Parce qu’il est quasi impossible en tant que spectateur de faire la différence entre le vrai et le faux, j’ai perdu tout intérêt à regarder ces disciplines.

Aussi de la sportivité

Novak Djokovic, qui a déjà décroché les quatre trophées du Grand Chelem, la Coupe Davis et les Masters, a manqué à Rio l’occasion de ramener le dernier titre qui manquait à son impressionnant palmarès. Mais il a gagné l’admiration de beaucoup de fans de sport. Après sa défaite, il a en effet déclaré, en pleurs et visiblement très ému : «  Je suis très triste de perdre mais, en même temps, je suis content pour Del Potro. Il a tellement lutté pour revenir ». Allusion aux blessures à répétition de son rival. Bravo, un bel exemple de respect de la performance d’autrui dans un contexte de défaite difficile.

Mauvais message

Ceux qui pensent que tous les vainqueurs des JO sont dopés, ont tort. Il y a certainement des disciplines plus touchées que d’autres, mais je reste convaincu qu’il y a encore des sportifs médaillés propres aux JO. Les tricheurs aux JO ont la même mentalité que ceux qui ont triché pour une victoire à la PDG ou à Sierre-Zinal. Ni plus ni moins

Les instances sportives et politiques doivent désormais prendre le taureau par les cornes pour démasquer les tricheurs et valoriser les sportifs honnêtes. Sans quoi les JO et bien des sports vont périr à petit feu.


Sébastien