100'000 plaisirs

Pas toujours où l'on pense

Merci Jean-Daniel !

 Après avoir vécu pendant une quinzaine d’années en milieu citadin à l’étranger (Londres et Heidelberg) et en Suisse (Lausanne, Zurich et Fribourg), j’ai pris la direction de Nendaz Tourisme en novembre 2001. Ma première expérience en ski alpinisme date du 2 décembre 2001. C’est grâce à Jean-Daniel Masserey : il m’incita activement à m’y essayer, me prêta du matériel dans ce but et m’invita à une première montée avec lui. Trois mois plus tard, je terminai second –derrière Jean-Daniel of course- de ma première compétition (nocturne de Vercorin).

Lors d'une course de Coupe Suisse remportée avec Jean-Daniel Masserey

Si on m’avait dit à l’époque que je devais fêter des titres nationaux un peu plus tard dans cette discipline, et même des récompenses au niveau international, je n’y aurais pas cru. Je voulais en effet seulement trouver un sport adéquat pour préparer ma condition physique en période hivernale, rien de plus.

 

Après un titre national remporté en Vertical Race, avec Catherine Mabillard

 

13 x 100’000m

Mais le plus étonnant n’est pas là : en consultant mes cahiers d’entraînement le week-end dernier, j’ai constaté que je dépassais en effet pour le 13e hiver consécutif les 100'000m de dénivelé. J’en suis actuellement à 104’000m, alors que j’en étais à 118’000m lors de ma première année de compétition et 152’000m lors de ma dernière saison. Je les effectue exclusivement en bordure des pistes balisées. En plus de ces sorties pendant la semaine, je profite des jours de week-ends de libre pour skier. Depuis l’arrêt de la compétition, j’ai enfin un peu de temps pour moi. Nous profitons donc avec Béatrice pour effectuer une vingtaine de sorties sur les lattes pendant l’hiver.

 

Cet hiver avec Béatrice sur un télésiège à Sankt Anton en Autriche

« L’entraînement » suffit au bonheur

Beaucoup s’entraînent dans le seul but de la compétition. Ce n’est pas mon cas. Si je suis toujours assidu, c’est simplement que j’aime la dépense physique. Cela a toujours été le cas. Enfant, je je passais des heures à jouer au football et au hockey sur terre avec mes voisins le mercredi et le samedi après-midi. Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais agi ainsi tous les jours au lieu d’aller à l’école…

Aujourd’hui, la pratique du sport me permet aussi d’être en contact direct avec la nature, particulièrement les paysages de montagnes, que j’apprécie tant. Je le dis parfois de manière simple : « un jour sans sport en vivant à Nendaz est un jour de perdu ». Et cela me sert aussi à évacuer le stress de la vie professionnelle.

 

Bonne mentalité

Dans un article paru dans « Coopération » récemment, j’ai pu lire une citation de la skieuse  alpiniste Emilie Gex-Fabry, vainqueur de la PDG,  à propos de celle-ci : « A mes yeux, le concept même de la course perd peu à peu de sa valeur. Cela ressemble trop à du business, avec de l’argent, de la triche et sûrement du dopage. Pour moi, la Patrouille des glaciers n’est plus la belle course mythique qu’on partage à trois, en une vraie cordée, avec un esprit montagnard. Dans l’élite, il n’y a plus de place pour le rêve. C’est encore heureusement le cas chez les populaires qui s’entraînent une fois par semaine et s’inscrivent avec des copains ». Emilie a tout résumé en ces quelques lignes. Lorsque je donnais en 2006 ma position sur les raisons de ma non-participation à la PDG, qui était en dehors de tout contrôle antidopage pendant des décennies, peu me comprenaient. Visiblement, cela change gentiment, même au sein de l’élite.

 

Après une compétition avec le talentueux Pierre Bruchez, qui a fini  par se décourager. Sûrement à cause des problèmes liés au dopage

Les épreuves les plus médiatisées motivent et, malheureusement aussi, tentent plus à la triche au vu de leur rayonnement. C’est aussi le propos d’Emilie. Lorsque j’ai compris que certains athlètes peu talentueux trichaient pour essayer coûte que coûte de remporter la PDG ou Sierre-Zinal, alors qu’en conditions normales -soit propres- ils n’auraient eu aucune chance de se mêler aux meilleurs, le plaisir a disparu. Pourtant grand compétiteur dans l’esprit, j’ai préféré m’abstenir de participer à ces courses.

Lors d'une victoire à Adelboden. Mon seul regret: ne pas avoir eu le temps de découvrir plus de parcours encore

L’élite ne court pas la PDG pour le paysage, la compétition se déroulant en grande partie de nuit. Et un gars originaire comme moi d’Anniviers qui connaît par cœur le tracé de SZ (j’avais couru en 3h42 à 10 ans déjà) ne consent pas un tel effort sans ambition de résultat. Mais pas dans ces conditions. Cela peut paraître paradoxal, mais j’ai rayé la course de l’agenda alors que j’étais en mesure de l’emporter. Priorité alors aux championnats du monde de septembre, toujours contrôlées, des courses que je ne remportais pas mais que me remplissaient de satisfactions. Je n’ai aucun regret : le risque accru de devoir partager un podium avec un tricheur était simplement trop fort pour moi. Le courage d’assumer ses choix et le respect des valeurs auxquelles on est attaché est à ce prix.

L'esprit d'équipe, que l'on ne rencontre pas dans les courses populaires individuelles,  a grandement enrichi les championnats

Autres compétitions

Un compétiteur adore se mesurer à lui-même et aux autres. Je suis resté passionné de compétition, mais désormais en tant que spectateur. Quand vous sentez que parmi les autres certains trichent, il n’y a plus de place pour le plaisir et vous vous concentrez sur vous-même… ou sur d’autres domaines qui vous touchent moins. C’est aussi probablement pour cela que je suis assidûment le football international et notre championnat national de hockey sur glace, alors que je ne m’intéresse plus au ski alpinisme ni à la course à pied de compétition. Mes besoins de compétiteur, en tant que participant actif, sont assouvis dans la vie professionnelle : dans le tourisme on se bat aussi avec et contre les autres, essayant de progresser, de faire évoluer son offre, de gagner de nouveaux clients, de fidéliser les habitués, de gagner des parts de marchés. Dans ce domaine très concurrentiel il y a des chiffres, implacables.

Récompensé par Swiss Athletics à travers le Président Hans-Ruedi Müller

Et, honnêtement, de participer à l’évolution d’une région et à l’avenir de ses habitants est au moins autant gratifiant que d’obtenir de petites gratifications sportives individuelles! 

Sébastien

 

@Marc-André
il faut souligner aussi que la PDG motive surtout les compétiteurs suisses. Epiney, avec ses raisons, était l'exception de ne pas la préparer. Comme c'est trop long et en fin de saison, la plupart des meilleurs étrangers ne viennent pas...
A mentionner aussi que Perrier et Epiney avaient des moteurs exceptionnels et c'est aussi la raison qui expliquent pouquoi ils étaient rapidement tout devant.
Dany du Beaufort 12.05.2014 15:46
Franchement, qui s'intéresse au ski alpinisme de compétition? Les populaires aiment la montagne, pas forcéement la performance.
Il suffit de regarder les classements de la PDG: 8 (huit) équipes dans la même heure que les premiers!!! Chez les femmes, 0 (zéro) équipe à moins de 2 (oui deux!) heures de retard que les premières!!!
La vérité, c'est que l'élite de ce sport est composé de quelques dizaines d'athlètes seulement, que c'est extrêmement confidentiel. Il n'y a pas la même concurrence que dans tous les autres sports.
D'ailleurs, si les commandants de la PDG veulent privilégier les populaires, ils feraient plaisir à 99% des adeptes de cet effort.
Sébastien Epiney battait tous les suisses en Vertical après deux ans de pratique seulement! Et le français Perrier en faisait de même au niveau mondial après deux ans de pratique aussi. Dans les autrs sports, où la concurrence est beaucoup plus fournie, cela n'aurait pas été possible malgré leur talent!
Marc-André 09.05.2014 09:34
Ce petit hommage à Masserey fait plaisir. Un champion qui honore un autre champion, c'est si rare!
Alessandro 24.04.2014 16:17
Impressionnant le baron! Il arrive à plus de 100'000m chaque hiver sans compétition. Le baron est toujours autant passionné et ça fait plaisir.
un ancien coéquipier 19.04.2014 14:25
D'accord avec Emilie et Sébastien à propos de la PDG. D'ailleurs, il me semble que c'est la nouvelle philosophie qu'aimerait introduire le nouveau commandant Max Contesse.
Peau de phoqueur passionné 17.04.2014 08:50
C'est ce qui s'appelle la santé!
Epiney a toujours eu du talent et un moteur énooooooorme. En plus, il a vu juste dans ces problèmes que d'autres ne voulaient pas voir.
Santé physique, santé morale et courage d'exprimer des vérités non populaires: pas étonnant qu'Epiney soit un homme heureux!
C. Dayer 16.04.2014 19:24
Bravo Seb,
T'as une super mentalité. Dommage que beaucoup de coureurs populaires ne te connaissent pas bien, ils seraient sinon émerveillés par ta personnalité.
Jean-Marc 12.04.2014 00:42