Echecs profitables

Les défaites autant profitables que les victoires

Fragilité face aux maladies infectieuses

Chaque année je développe des infections ORL qui se caractérisent par un gros rhume, parfois une angine et souvent une bronchite. Cela m’arrive systématiquement l’hiver, parfois l’été aussi. Je vis au rythme de deux à trois épisodes infectieux par an, et cela dure à chaque fois d’une dizaine de jours à trois semaines pour les cas plus délicats. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre récemment qu’un traitement à l’EPO peut s’utiliser pour améliorer son immunité ! Pardon ? L’EPO qui empêcherait de tomber aussi fréquemment malade ? J’ai failli tomber de ma chaise. Un bref click sur l’Internet et l’information est vérifiée. Je comprends mieux pourquoi certains concurrents malhonnêtes n’étaient jamais malades et pouvaient annoncer leurs exploits à l’avance. A titre personnel, j’ai expérimenté le contraire : plus j’étais en forme, plus j’étais fragile et vulnérable aux refroidissements.


Le corps doit récupérer après un effort total... 

 

La santé est aléatoire

On peut bien essayer de planifier une saison avec une forme maximale lors de gros objectifs. Cela peut marcher, bien sûr, mais pas toujours. Rien qu’à cause des maladies, c’est difficile.

Ci-après un échantillon des pépins de santé qui me sont arrivés entre 2003 et 2010 : borréliose due à une piqûre de tique (!) qui a gâché toute une saison; infection gastro intestinale à la cause inconnue et initialement non diagnostiquée qui a saccagé une saison entière avant de guérir en trois semaines avec un traitement aux antibiotiques; intoxication alimentaire lors d’un voyage professionnel à l’étranger : un mois de perdu ; grippe aviaire : grosse fatigue et plusieurs semaines de fichues ; infections ORL à répétitions qui ont régulièrement gâché la préparation et certaines compétitions. D’ailleurs, je n’ai pas de bons souvenirs de mes derniers mondiaux, ruinés à cause d’un refroidissement qui s’est transformé en bronchite alors que je me sentais en grande forme trois jours plus tôt. 

 Pas raisonnable de courir un CM  avec une bronchite...

Ne me comprenez pas mal : l’idée de cette énumération n’est pas de me plaindre. Pendant la même période, d’autres athlètes ont subi des pépins de santé bien plus graves. Par contre, si ces risques sont diminués chez ceux qui prennent de l’EPO, c’est vraiment navrant : les tricheurs ont décidément tous les avantages.

Les blessures non plus ne sont pas planifiables

Quand on bouge beaucoup, on peut aussi se blesser. Pendant cette période 2003-2010, j’ai aussi subi une luxation acromio-claviculaire due à une mauvaise chute à skis  (un mois de perdu) et une fracture de deux doigts suite à une chute en course à pied (aucun impact).

Je me suis aussi blessé en pleine compétition lors de CE de la montagne en circuit, contractant une élongation aux ischios-jambiers qui a nécessité deux semaines de pause : ce fut d’ailleurs mon plus mauvais classement à une épreuve de course à pied (27e rang) à laquelle j’ai jamais participé en élite !

 

Les passionnés de football  suivant la Coupe du Monde ne peuvent que regretter l’absence pour cause de blessure de certains des meilleurs joueurs de la planète comme le grand espoir allemand Marco Reuss ou le buteur colombien Radamel Falcao. D’autres, à l’instar du meilleur joueur du monde 2013 Cristiano Ronaldo, jouent en étant blessés ou convalescents : malheureusement pour eux, ils sont loin d’exploiter leur potentiel. 

  

Enfin, deux des meilleurs joueurs au monde, dont un est en pleine forme actuellement, ne peuvent pas y participer (Zlatan Ibrahimovic et Gareth Bale) car leurs pays respectifs ne se sont pas qualifiés. Cela illustre bien qu’il est compliqué de planifier le succès.

Les échecs apportent autant que les succès

Le succès apporte des satisfactions. L’échec, difficile à encaisser sur le moment, amène aussi beaucoup de positif : l’analyse et la remise en question qui s’en suivent permettent d’évoluer et de placer le curseur au bon endroit.

Utiliser le passé pour regarder positivement dans le futur...

J’ai progressivement compris ce que les psychologues appellent la pensée contrefactuelle : autrement dit, la façon dont un individu perçoit ses accomplissements est plus importante que les accomplissements eux-mêmes. Si je n'ai pas obtenu tous les résultats qui auraient été possibles (pour cause de maladie ou blessure, de concurrents supérieurs, d'adversaires dopés ou parce que j'ai boycotté une course à cause d'absence de contrôles antidopage, et des résultats impossibles qui la caractérisaient), je retiens surtout le positif: j'ai tout donné et à l'impossible nul n'est tenu. Si je me suis pris d’enthousiasme pour d’autres domaines, sportifs ou non, c’est autant grâce aux réussites qu’aux échecs rencontrés. 

Sébastien 

Intéressant, merci.
Petrikosa 27.06.2014 20:12