La lente mort de la presse

Déjà perceptible et pas illogique

La presse sportive ne fait pas bien son travail

 Avec un lectorat en baisse depuis plusieurs années, en Suisse comme ailleurs, on assiste à une mort lente de la presse écrite. Faillites, hyper concentration,  restructurations, pertes d’emplois dans le monde de la presse. Doit-on le regretter ? Pas forcément, si l’on lit la presse sportive qui devrait remplir les mêmes fonctions, avec les mêmes exigences éthiques et les mêmes devoirs, que la grande information.

D’une subjectivité douteuse

 Un exemple lu dans un éditorial du Nouvelliste ( NF), réputé plutôt sérieux par rapport au Matin par exemple, de cette semaine. « Des sportifs d’exception. Ils ont pour nom Fabio Cancellara, Roger Federer, Simon Ammann, Didier Cuche ou Dario Cologna. Et, dans leur discipline, ils n’ont presque pas de concurrents ».

Presque pas de concurrence ? A vous de juger.

Autre chose : il est rendu hommage au certes méritoire skieur Cuche, toutefois sans piper mot de Carlo Janka qui est pourtant incontestablement le meilleur skieur au monde (champion du monde, champion olympique et vainqueur général de la Coupe du Monde).

En quelques lignes, l’éditorial réussit plusieurs tours de force : montrer son nationalisme (pour ne pas dire chauvinisme) ; afficher sa préférence à l’égard un skieur, Didier Cuche, au détriment d’un autre encore meilleur que lui, Carlo Janka. Jamais de show à l’arrivée, pas de cabriole sur les podiums ni de mise en scène, des interviews toujours prudents pour Janka : est-ce une raison suffisante pour le snober ?

En ski, ce n’est pas si grave : le lecteur lambda regarde aussi la télévision et se fait sa propre idée sur la valeur sportive des uns et des autres.

Les athlètes modestes pénalisés

 Dans les sports que je pratique, en revanche, la responsabilité de la presse écrite est bien plus grande : elle peut mettre injustement en lumière certains, tout en occultant sciemment, ou par manque d’investigation, de grandes performances. Le grand public ne bénéficie pas de la télévision pour se faire une idée, « en live », des prouesses et des champions. Il y a donc des athlètes de haut niveau dont on parle peu dans les médias et d’autres, nettement moins bons, qui les « squattent » régulièrement. Qui connaît, par exemple, la skieuse alpiniste Nathalie Etzensperger qui n’a aucune adversaire de son niveau dans le pays ? Qui sait, hormis les spécialistes, que mon concurrent le plus redoutable au niveau national en course de montagne s’appelle David Schneider ? Qui connaît les meilleurs coureurs romands en cross et sur route (Stéphane Joly et Jérôme Schaffner) ?

Les manquements de la presse pénalisent les athlètes modestes qui se concentrent sur le sport, sans se soucier de leur auto-marketing.

Quand la propagande remplace l’information

 Bien sûr que les athlètes qui se vendent en courtisant les médias - et en gonflant un peu leur palmarès pour l’un ou l’autre d’entre eux - ne sont pas innocents. Mais que penser de l’attitude de la presse qui les récompense en les surexposant, privilégiant l’angle people à l’information objective ? Il y a tromperie pour le lecteur, qui croit ce qu’il lit… jusqu’à un certain point : année après année, les statistiques montrent en effet une sensible baisse du nombre de lecteurs de la presse romande, avec une audience en chute libre.

A cause du manque de rigueur journalistique (certains ont même violé délibérément la déontologie) la confiance du consommateur s'est transformée peu à peu en méfiance. Remplacer l’information par la propagande signifie, pour un média, le début d’une mort annoncée.

Sébastien

 

Bonjour,
Vous avez parfaitement raison: "les médias font les champions" auprès du grand public qui n'y voit que du feu.
Certains compétiteurs glorieux en profitent au détriment des vrais champions qui sont souvent inconnus du grand public dans des sports non télévisés.
Amitiés sportives
Christophe de Lausanne 29.04.2010 17:27
Pas de souci avec votre anonymat.
Il est tout à fait normal de répondre aux sollicitations des médias à l’arrivée d’une course. Mais répondre aux médias ne signifie pas pour autant les courtiser activement tout au long de l’année afin d’obtenir une visibilité exagérée (car obtenue au détriment d’autres sportifs tout autant méritants mais plus modestes).
Dans nos sports chaque athlète de haut niveau est libre de maximiser, ou non, les rentrées de sponsors. Libre de sacrifier son indépendance au profit d’intérêts commerciaux qui peuvent conduire à toutes sortes d’excès : j’ai personnellement choisi une philosophie, sans aucun intérêt commercial, qui me permet de dire parfois tout haut ce que d’autres pensent tout bas.
Lire : www.sebastien-epiney.ch/sport/partenaires.html
Pour ce qui est de mes sentiments, vous faites vraiment erreur : durant toute ma carrière je n’ai fait que condamner 1) les tricheurs et 2) les champions de l’auto-marketing (certains fanfarons, d’autres faux modestes), quel que soit leur niveau de performance. J’ai par contre toujours reconnu les grands sportifs, dans la victoire comme dans la défaite, qui fait partie du sport. Ma valeur absolue, c’est l’honnêteté, pas la performance.

Sébastien
Sébastien 27.04.2010 19:39
Bonjour,

je ne suis pas d'accord sur le fait que vous disiez que chaque sportif a le choix de se médiatiser ou non en refusant des interviews. Même si l'on s'accorde à dire que le choix est toujours possible, il ne faut pas oublier que les sportifs dont il est question sont parmis les meilleurs au monde et sont sponsorisés.
A partir du moment où ils acceptent ces aides matérielles, ils ont, contractuellement, pour mission de porter devant caméras et photographes les couleurs de leurs sponsors.
Les trois vainqueurs de la PDG sont quand même tous reconnus pour leur simplicité, leur accessibilité et leur humilité. Avant de tout raffler ils ont été battus un paquet de fois.
Alors, accordons leur le bénéfice du doute et acceptons que leur exposition médiatique ne soit pas à des fins narcissiques.
J'ai, à mon tour, une question à vous poser. Pourquoi dans toutes vos analyses de course avez vous besoin de minimiser la performance des adversaires que vous n'appréciez pas ?
De l'extérieur, j'ai l'impression (cela n'engage que moi) que vous n'acceptez pas ou peu d'être battu.
Aux vues de votre palmares vous n'avez pourtant absolument plus rien à prouver et il est normal que vous ayez de plus en plus de mal à dominer intégralement la discipline. Heureusement la relève est là, l'inverse serait inquiétant non ?
Bonne continuation dans votre saison
PS: je ne signe pas pour la simple et bonne raison que je ne souhaite pas être référencé dans les moteurs de recherche. je vous communique sans soucis mon identié par email si vous le souhaitez.
Anonyme 27.04.2010 11:39
Cher ami,

J'étais auprès de mon amie à Genève ce week-end et je n'ai pas du tout suivi la course. Les résultats peuvent faire penser à des championnats valaisans, tant chez les femmes que chez les hommes (les 6 vainqueurs viennent du Valais).
Malgré, ou plutôt à cause de sa médiatisation, je n'ai jamais été intéressé à la très courtisée PDG. Pour le "bout de mes raisonnements", c'est joker.
Ceci dit, si des bons gars comme Martin Anthamatten ou Yannick Ecoeur ont eu droit, pour une fois, à une parcelle de gloire aussi, c'est très bien pour eux car ils ont autant de mérite que leur très médiatisé collègue de patrouille.
Bonne suite
Sébastien 27.04.2010 08:59
Bonjour Monsieur

Je vous félicite pour votre carrière sportive et pour vos excellents résultats. J’apprécie particulièrement votre courage et votre personnalité critique par rapport au système (presse, sportifs, dopage) et vos prises de position. Votre article sur la presse me paraît très intéressant, original et courageux. Bravo Monsieur!

Par ailleurs, pour ma part, je m’étonne un peu par rapport à certains de vos commentaires. Dans vos textes, vous êtes surpris que des sportifs étrangers vous ont battu d’environ 2 minutes dans des verticales races au CM, et vous les suspectez alors de dopage.
Que pensez-vous donc de la PDG 2010? Les vainqueurs valaisans explosent le record, non pas de 2 minutes, mais d’environ 25 minutes (5h52). La deuxième patrouille, sur plusieurs centaines, dont les meilleurs mondiaux, est à plus de 30 minutes. A votre niveau, quelle est la distance et la dénivellation qu’un sportif parcourt en 30 min? C’est énorme me semble t-il? Fabuleux exploit ! Extraordinaire !
Pourriez vous donner votre avis aussi sur ces performances exceptionnelles et aller jusqu’au bout de vos raisonnements ?

Salutations.

De la part de
Skieur Vaudois
Skieur Vaudois 27.04.2010 08:38
Bonsoir,
Concernant vos questions:
1) Les sportifs, sauf lorsqu'ils sont en compétition, peuvent toujours refuser de poser pour un photographe. Certains, au contraire, préfèrent travailler continuellement à leur notoriété et à leur image, à l'instar des tops models ou de bon nombre de politiciens. C'est un choix individuel.
2) Non, jamais jusqu'à présent.

Bonne soirée
Sébastien 26.04.2010 20:51
Bravo pour ce commentaire sur les médias et vos réflexions en général.

A lire la presse avant et après la PDG, on pourrait croire que Florent Troillet courrait seul et que ses coéquipiers n'existaient pas. J'ai quelques questions à vous soumettre:

1) Est-ce la faute de la presse seulement, ou les sportifs hypermédiatisés sont-ils aussi responsables de leur visibilité?

2) Est-ce que Florent Troillet, ou un autre membre du Swiss Team, vous a déjà précédé dans une compétition de course à pied?

Merci d'avance pour vos réponses.
Walter 26.04.2010 20:22