Notoriété et popularité

Des notions intéressantes

 Ces dernières semaines, des médias spécialisés allemands, autrichiens, tchèques et français m’ont interviewé. Jamais prophète en mon pays, j’ai souvent eu l’impression d’être plus connu et apprécié hors Romandie qu’en Valais. C’est d’ailleurs amusant de constater que j’ai obtenu des marques de reconnaissance (nominations et prix) au niveau national et pratiquement aucune au niveau cantonal. Tentative d’analyse et d’explications.

Mon indépendance

Le sport a toujours occupé dans mon esprit une place secondaire, après le travail et la vie privée. Je me suis toujours préparé sérieusement, mais sans entraîneur ni suivi, sans sponsors ni d’attaché de presse.  En restant seul, impossible de valoriser un entourage auquel vous êtes redevable. Pas de réseautage non plus, pas de lobbying ni copinage, notamment auprès des journalistes. Bref, je n’ai jamais profité d’une gloriole artificielle créée par les médias. Seuls les résultats ont parlé pour moi.

Un franc parler jugé excessif

J’ai toujours donné mon avis, même sur les sujets graves. Avoir osé dénoncer le dopage dans les sports que je pratique a été plutôt mal perçu dans une société qui fait souvent la part belle à l’hypocrisie. Avoir pointé du doigt des aspects malheureux de la Patrouille des Glaciers et de Sierre-Zinal n’a pas plu aux intéressés. Les critiques à mon encontre, le plus souvent anonymes (aussi par des lettres et des menaces), ont fusé.  Et il a été dur de faire comprendre que c’était un mal pour un bien.

Une certaine forme de modestie

J’ai remporté 33 des 50 dernières compétitions que j’ai disputées, dont 10 étaient des championnats internationaux : jamais vous ne m’aurez vu lever les bras à l’arrivée, ou faire des gestes théâtraux après une victoire. Un signe de la main tout au plus. On reproche actuellement ce même manque de démonstrativité au skieur Carlo Janka (champion du monde, champion olympique et vainqueur général de la Coupe du Monde l’an dernier), un parfait exemple de sportif sous-médiatisé eu égard à sa valeur exceptionnelle : serait-ce simplement parce qu’il a les pieds bien sur terre ?

Une réussite perçue comme insolente ?

Etre revenu au plus haut niveau après une quinzaine d’années de pause de compétition. Avoir obtenu des titres nationaux et des médailles internationales dans deux sports différents. Précéder le plus souvent des (semi)-pro avec un statut de pur amateur du sport. Avoir occupé au quotidien une fonction professionnelle à responsabilités pendant toute cette période sportive. Avoir dénoncé les manques de respect des règles, avant que des cas soient finalement avérés, lors de courses populaires de chez nous. Tout cela a pu déplaire à certains, autant qu’à l’entourage parfois fanatique de quelques compétiteurs régionaux qui ont leurs réseaux et leurs influences.

Sébastien

 

Chère Sophie,

Je crois profondément aux vertus du fair-play dans le sport, valeur que je place au-dessus de toutes les autres. Le fair-play est mis à mal, dans la course à pied de montagne et le ski alpinisme, comme dans d’autres sports et disciplines. Je l’ai dénoncé, ce qui m’a valu le respect de beaucoup et aussi le mépris, quand ce n’est pas la haine, de certains. Peut-être seriez-vous d’ailleurs surprise de connaître le contenu et l’origine de certaines lettres anonymes.

Vous tentez d’expliquer la présence médiatique régionale avec des vertus comme le charisme ou le charme. Dans un sens, vous avez raison : les médias s’attachent malheureusement davantage à l’apparence- souvent même aux illusions- qu’au mérite intrinsèque des sportifs. C’est ce que je leur reproche d’ailleurs depuis longtemps. Certains ont particulièrement bien su exploiter le filon du buzz ô combien lucratif mais ô combien trompeur pour le grand public. Il suffit de s’acoquiner avec un journaliste pour être médiatisé.

Ma profession m’amène à côtoyer quotidiennement, ou presque, les médias. Je serais donc suffisamment armé pour faire ma promotion en tant que sportif, si tel était mon désir.

Sébastien
Sébastien 02.05.2011 11:39
Bonjour Sébastien,

Que tu apprécies des qualités très nobles comme la modestie, l'humilité, la retenue, c'est tout à fait compréhensible et sur ce point je te rejoins.

Mais je me demande tout de même si ce petit quelque chose qui te dérange vis-à-vis des honneurs "artificiels" que tu dénonces, ce n'est pas le fait que tu estimes que toi ou d'autres mériteraient davantage d'être mis à l'honneur d'après vos résultats. Du coup, ne s'agirait-il pas chez toi d'une modestie façonnée qui masquerait en réalité un narcissisme mal assumé ?

Tu sembles refuser d'intégrer dans ton équation que d'autres éléments comptent tout autant dans le cœur des gens et des journalistes: le charisme, le charme, l'exubérance parfois, les échecs aussi, la capacité de captiver une audience parce qu'on sait décrire les évènements. Bien sûr, ce ne sont pas strictement des qualités physiques. Mais à vouloir t'élever au rang d'une véritable stature morale autant que sportive, tu donnes peut-être l'image d'un donneur de leçons et c'est sans doute de ce côté là que tu trouveras l'explication la plus tangible au fait que les journalistes viennent peu te solliciter.

Je te trouve par exemple excessif lorsque tu dénonces les gestes de certains sportifs sur une ligne d'arrivée: on peut très bien exprimer sa joie en levant les mains pour rendre honneur aux acclamations du public tout en étant quelqu'un de simple et de tout à fait fréquentable. On peut même avoir des gestes un peu fous comme embrasser le sol ou pleurer: l'intensité et la souffrance ne rendent pas ces attitudes indignes. Le monde est beau de par sa diversité et heureusement que tous les sportifs n'aient pas la même attitude sur le terrain et dans la vie. Ne juges pas trop hâtivement ceux qui ne réagissent pas comme toi ou ceux que tu portes comme modèles.

S'il y avait un champion de ski-alpinisme jovial, beau gosse et un peu marrant, il aurait sans doute droit à une meilleure affluence médiatique et partenariale que toi et ce ne serait pas forcément un mal pour la notoriété de ce sport et son image. Serait-ce un impie à tes yeux ? Les résultats sont une chose, la popularité en est une autre.

J'ai côtoyé un très grand champion très discret, le meilleur dans sa discipline d'ailleurs. Il m'a confié une fois que ça l'arrangeait qu'un de ses amis et néanmoins concurrent, plus charismatique que lui, se charge de promouvoir le sport à sa place. Je crois que chez lui, l'attitude et la parole étaient parfaitement en phase.

Je crois que tu dois encore t'élever Sébastien.
Sophie 01.05.2011 16:21
Très juste, d'ailleurs dans beaucoup de domaines le degré de médiatisation ou plus simplement de reconnaissance est parfois inversément proportionnel au mérite objectif. Chacun en est victime à plus ou moins grande échelle.
Patrick 28.01.2011 17:40
Dans ce monde où les sportifs sont souvent choyés comme des enfants gâtés et des assistés, cela fait du bien de voir qu'il existe encore des sportifs qui ne dépendent que d'eux-mêmes.

Bravo!
VDM 22.01.2011 17:47
Bon résumé!
Sûrement que peu de gens peuvent s'associer à tes nombreux succès qui doivent susciter l'envie d'autres moins talentueux et plus entourés.
Pas étonnant non plus que tu sois plus reconnu par les connaisseurs que par le grand public: tu n'as rien fait pour te faire connaître alors que beaucoup font le contraire (sponsors, presse, etc.) et sont surestimés. Toi, c'est l'inverse.
J'espère te voir en compet l'été prochain, les chances existent, non?
Claude 20.01.2011 22:13
Nombreux sont les journalistes qui ne font pas le travail qui leur appartient et se contentent soit de copier les articles d'autres journaux, soit de transcrire en prenant pour argent comptant quelqu'information non vérifiée. Il est ainsi facile pour tout un chacun d'intoxiquer les nouvelles. Beaucoup des journalistes du 21e siècle me paraîssent des êtres paresseux et indignes de leur noble mission, avides de scandales et inutiles. Wikileaks est emblématique de cette idiote et irresponsable façon de gérer l'information à notre époque.
Il ne faut donc pas t'étonner de ne pas avoir été médiatisé, même si cela doit assurément être déploré.
CdA 20.01.2011 17:54