Autrefois un rêve d'enfant
Mon père, qui a vécu une partie de son enfance à Zinal, a participé à toutes les 36 éditions de Sierre-Zinal (SZ). Il m'a transmis le virus très tôt puisque, à l'âge de 8 ans déjà, j'y participai (temps final de 4h35). A 13 ans, je courais en 3h24. Je rêvais alors d'un classement flatteur à l'âge adulte.
Une atmosphère incomparable
A Sierre-Zinal, presque tous les ingrédients d'une course somptueuse et unique sont réunis: beauté du parcours, organisation impeccable, ambiance chaleureuse, soutien populaire, etc. Cela est si vrai que je recommande à tous les amoureux de la montagne de découvrir personnellement cette manifestation.
Cela fait plusieurs années que j'ai de réelles chances de remporter cette épreuve prestigieuse. Pourtant, au grand dam de mon père et de mes amis, je n'y participe pas. Quelques raisons:
1. Une date peu propice pour l'élite
Pour les populaires et pour le développement touristique, la date choisie est certainement idéale. Pour les athlètes de niveau international, c'est différent. A cheval entre les Européens et les Mondiaux, rares sont ceux parmi les meilleurs coureurs de montagne qui y participent, encore moins qui la préparent ou/et s'en remettent à temps pour leurs prochains objectifs. Cette année, par exemple, aucun des 20 premiers des récents Championnats d'Europe n'était au départ. Des champions de valeur internationale sont certes venus sur SZ, mais peu s'aventurent à y revenir. L'italien Marco De Gasperi, champion du Monde 2007, a survolé l'épreuve l'an dernier avec 5 minutes d'avance sur son dauphin: 4 semaines plus tard, il ne se classa "que" 8e lors des Championnats du Monde, un échec pour lui.
2. Des risques importants de blessure
SZ propose un vrai défi aussi pour l'élite: sa longueur, ses passages caillouteux à travers des pierriers et sa descente finale sont cependant très traumatisants pour l'organisme. Corollaire: les possibilités de chute et de blessure sont grandes, ce qui effraie de nombreux athlètes de renom, car ils risquent dangereusement d'hypothéquer leur fin de saison.
3. Une magie disparue à mes yeux
La course de montagne demeure inconnue du grand-public, un peu comme l'est le ski-alpinisme. SZ en est l'exception en Romandie. C'est sans doute cette médiatisation qui motive certains à se donner les moyens d'une victoire éclatante. Des sportifs régionaux se sont quelquefois imposés ou ont brillé à Zinal, sans avoir aucun résultat international probant à leur palmarès en course de montagne. Bien évidemment SZ a aussi couronné quelques authentiques champions (récemment Wyatt, De Gaspari, Mejia ou Burns, autrefois de forts colombiens et Vigil notamment), mais elle a malheureusement fait la part belle à d'autres ambitieux. En comparant les résultats des compétitions, on s'aperçoit en effet que certains progressent de plusieurs minutes par heure en quelques semaines seulement (!) : la valeur des classements de cette course hors normes n'a dès lors que peu de signification sportive à mes yeux. En conséquence, comment se motiver pour un tel effort?
Une histoire sans happy end...
Pour les raisons évoquées, je n'ai vraiment plus le feu sacré pour cette course. Chaque année mes proches tentent de me persuader, chaque année je résiste à ces pressions, chaque mois d'août la déception est perceptible autour de moi. Même la perspective d'une victoire possible, existante depuis plusieurs années, ne parvient pas à me faire changer d'avis. Un jour un responsable de "Swiss Athletics" me dit ceci: "partout tu peux courir, partout tu peux gagner; cours les championnats et ailleurs seulement où tu retires le plus de plaisir!". C'est ce que je fais, en découvrant de nouvelles compétitions chaque été.
L'Anniviard que je suis ne sera sûrement jamais prophète en son pays...












































Je te félicite d'avoir eu le courage de dénoncer certains problèmes liés au manque de fair-play. Dommage que l'organisation n'ait pas pris les devants pour combattre le dopage en collaborant plus activement avec Swiss Olympic et en y instaurant des contrôles chaque année: si cela avait été le cas, je suis sûr que les podiums auraient été différents ces dernières années à cette course et que... tu aurais aussi participé et gagné!
Pour moi tu restes le seul athlète de Romandie de niveau international dans deux sports différents et une personne d'exception.
Mille fois bravo!